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LE CREDD soulève des préoccupations quant à la planification forestière en consultation
2 Mars 2021
LE CREDD soulève des préoccupations quant à la planification forestière en consultation

Source de la photo : https://blog.resolutefp.com/fr/2020/06/lamenagement-forestier-durable-et-certifie-au-quebec/

ALMA, 26 FÉVRIER 2021 – Dans le cadre des consultations publiques en cours concernant la planification forestière, le Conseil régional de l’environnement et du développement durable du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CREDD) a formulé des commentaires concernant les impacts environnementaux appréhendés des chantiers sylvicoles envisagés par le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP). Comme à chaque année, nous réitérons nos inquiétudes face aux travaux sylvicoles prévus dans des territoires d’intérêt pour la création d’aires protégées, mais nous soulevons également des craintes face aux interventions prévues dans des secteurs fréquentés par le caribou forestier.

 

Des projets d’aires protégées potentiellement compromis

Comme il le fait lors de chacune des consultations publiques sur la planification forestière, le CREDD a porté une attention particulière aux projets d’aires protégées toujours sous analyse au sein du gouvernement.Nous jugeons que des opérations commerciales et non commerciales pourraient compromettre leur intégrité et même, dans une certaine mesure, remettre en question leur admissibilité en tant qu’aires protégées reconnues par le MELCC.

D’après notre analyse, des travaux sylvicoles sont prévus dans les projets d’aires protégées du lac complexe et de la rivière du Chef, de la rivière aux Écorces, de la rivière Mistassini et du lac Connely, du nord du Pipmuacan, du lac Rohault ainsi que celui de la rivière Trenche. Ces territoires d’intérêt sont issus des recommandations de la Table régionale d’analyse de carence en aires protégées (TRACA), mise en place en 2011 par la Conférence régionale des élus (CRÉ) du Saguenay-Lac-Saint-Jean afin d’étudier différents scénarios et d’identifier les territoires les plus propices à la création d’aires protégées permettant de répondre aux carences actuelles du réseau. Suite à un vaste processus de concertation régionale réunissant de multiples acteurs de secteurs diversifiés, un scénario optimal faisant consensus a été retenu en 2014 et présenté au MELCC. Depuis, ces territoires sont toujours analysés par le gouvernement afin de déterminer s’ils bénéficieront d’une protection légale.

Le CREDD craint toutefois que des interventions sylvicoles aient un impact sur les valeurs de conservation de ces territoires. Nous sommes donc d’avis que ces forêts à haute valeur de conservation devraient être préservées intégralement jusqu’à ce qu’une décision finale soit prise au niveau de leur protection légale et de leur ajout au réseau d’aires protégées national. Rappelons que le gouvernement du Québec vise à protéger 30 % de son territoire d’ici 2030, objectif qu’il devrait dès maintenant travailler à atteindre.

Un plan spécial de récolte prévu aux abords de la rivière Péribonka

Lors de la consultation publique, le CREDD a manifesté ses préoccupations quant au plan spécial de récolte de bois annoncé sur les rives de la rivière Péribonka, considérant que ce secteur est d’un très grand intérêt pour la création d’une aire protégée. En effet, certains des chantiers proposés recoupent la proposition d’aire protégée toujours en analyse au sein du gouvernement. Il y a plus de 10 ans, le territoire situé aux abords de la rivière Péribonka a été ciblé comme un secteur d’intérêt pour la création d’une aire protégée, principalement à cause de son potentiel récréotouristique et de conservation. Cette proposition fait d’ailleurs l’objet d’un consensus régional auprès de différentes parties prenantes.

Les forêts matures qui constituent ce milieu sont aussi d’une grande importance pour le caribou forestier, une espèce à statut particulier dont le nombre d’individus ne cesse de diminuer. Les derniers inventaires aériens menés en 2020 ont d’ailleurs démontré la présence de caribous forestiers dans le secteur des massifs de la rivière Péribonka où sont prévus les travaux de récolte. Nous craignons donc que les coupes envisagées contribuent à la perturbation de l’habitat du caribou forestier, compromettant encore plus le rétablissement et la survie de cette espèce vulnérable.

Des chantiers dans l’habitat essentiel du caribou forestier

Le CREDD a également soulevé des inquiétudes face aux interventions sylvicoles planifiées au nord du Pipmuacan, considérant que ce secteur est considéré comme habitat essentiel du caribou forestier. Bien que les vieilles forêts du secteur Pipmuacan soient reconnues comme massifs de protection dans la Stratégie pour les caribous forestiers et montagnards, des chantiers y sont pourtant planifiés par le MFFP.

Rappelons que l’inventaire aérien de caribous forestiers réalisé en janvier 2020 dans le secteur Pipmuacan a démontré une diminution du nombre de caribous par rapport à l’inventaire de 2012. Le rapport d’inventaire explique même que « la population est dans un état extrêmement précaire et que sa capacité d’autosuffisance est peu probable dans l’état actuel de l’habitat ». Le CREDD craint que des travaux sylvicoles dans ce secteur, tel que proposé par le MFFP, ne fassent qu’empirer la dégradation de l’habitat et contribuent au déclin de cette espèce vulnérable, ce qui n’est pas compatible avec le programme de rétablissement du caribou forestier.